31.10.2006

Nécessaire identité chrétienne de l'Europe

Patrice de Plunkett signale un important débat autour de l’identité européenne et du discours de Ratisbonne. medium_dieu_europe_politique_andrau_349385-431076_.JPGLe vice président de la commission euroépenne défend les racines chrétiennes de l’Europe, fondées sur la défense par le Pape de la Raison et sur l’expérience destructrice des totalitarismes rationalistes. Libération se révolte au nom des identités ouvertes ouvertes et inconfortables, c’est une sorte de fakirisme de l’ouverture démocratique. Frattini réfléchit de manière simple et logique alors que Cohn Bendit agite les habituels épouvantails de l’obscurantisme à la fragile flamme de son lumignon illuministe et relativiste. Info Salon Beige Textes complets ici Image (contenu contraire à la réalité historique)

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Ecrit par : prof | 26.11.2006

La Pologne entre la droite solidaire et la droite libérale
par Jan Tombinski, Ambassadeur de Pologne




Contrairement au cas suédois, on ne saurait parler d'un modèle social polonais, au sens formel de ce terme. La Pologne est aujourd'hui encore à la recherche d'un modèle qui puisse inspirer son système économique et social.

Il y a quinze ans, l'État polonais s'occupait de tout : industrie, éducation, santé, protection sociale, ... Les contraintes et les faiblesses de ce modèle ont entraîné un rejet massif par la population, et le système social polonais est, depuis lors, en pleine transformation. Toutefois, aucune stratégie alternative cohérente n'avait été préparée. Durant les quinze dernières années, nous avons favorisé davantage le développement économique par une approche libérale que la construction d'un modèle social. La protection sociale a été plutôt la victime de ces transformations qui ont conduit à un chômage élevé : aujourd'hui il atteint 18% de la population active, avec des pointes à 40% dans certaines régions, et touche particulièrement les jeunes, ce qui constitue le plus grand souci pour les responsables politiques de la Pologne.

La Pologne s'est donc lancée à fond dans la libéralisation de son secteur publîc et dans les réformes, avec l'idée simpliste selon laquelle l'économie de marché va tout régler, notamment grâce à la concurrence, l'État devant se retirer comme agent actif de cette sphère. C'est ainsi qu'ont été entreprises des réformes de l'Education Nationale, des services de la Santé, du système des retraites. Ces réformes n'ont pas été accomplies sans poser de problèmes. Ainsi, le retrait de l'État des hôpitaux, s'accompagnant de la décentralisation, a provoqué de grosses difficultés et conduit à gonfler énormément l'endettement de ces hôpitaux car les collectivités locales ne disposaient pas des moyens d'en assurer le financement. Il en va de même pour l'Education Nationale. Un équilibre est en train de s'établir entre partenaires publics et privés. En ce qui concerne les services publics, à partir du constat du mauvais fonctionnement de ces services,les autorités ont engagé un processus de libéralisation/privatisation des marchés de l'énergie, du traitement des eaux, du traitement des déchets, de la communication,...

C'est dans ce contexte qu'a été amorcé le débat sur le Traité constitutionnel qui a été critiqué pour son excès de "social", les pays riches de l'Europe Occidentale étant soupçonnés de vouloir imposer des standards insupportables pour la Pologne. Le premier souci des autorités polonaises, souci partagé par toutes les coalitions et tous les gouvernements jusqu'ici, a été de créer une dynamique économique avant de se préoccuper du "social". Les résultats de cette stratégie sont peu encourageants, car elle a entraîné une élévation de la pauvreté, qui est devenue un sujet à caractère politique, et a créé de l'exclusion. Il y a de très fortes inégalités de patrimoine entre ceux qui ont formidablement réussi et ont accès à tous les systèmes de santé, d'assurance et d'éducation et ceux qui travaillent et se voient exclus de la richesse créée. Ceci s'est manifesté par le rejet de la participation aux élections (ramenée à 40%), voire par une désaffection du politique. 60% des Polonais se déclarent peu ou pas intéressés par la chose publique. Il règne une grande confusion au sein des courants politiques. Ainsi, les sociaux-démocrates, qui étaient encore au pouvoir il y a quelques mois, se sont révélés très "libéraux", beaucoup plus que les autres partis sociaux-démocrates européens, même si quelques gestes ont été accomplis pour des raisons électorales. L'exclusion d'une partie de la société polonaise de la vie politique active est aujourd'hui une source de préoccupations pour tous les responsables.

C'est sur cette toile de fond que s'était engagée la campagne électorale, il y a quelques mois, en Pologne. Cette campagne a été difficile à déchiffrer pour les Polonais eux-mêmes, car elle a opposé, non pas la gauche à la droite, mais la droite libérale à la droite "solidaire". Le parti libéral a été stigmatisé par la droite "solidaire" qui lui reprochait de ne favoriser que les "riches" au détriment des victimes du changement. La droite "solidaire" a su exploiter les craintes de ceux qui ne veulent pas être assujettis aux règles du marché et exposés à la hausse des coûts de la vie qui en résultent sans être protégés par les structures de l'État.

La victoire de Droit et Justice, le parti de la droite solidaire, traduit un retour en arrière après quinze ans de réformes. Ce parti est l'héritier de Solidarnosc, première manière, qui ne demandait pas le démantèlement des systèmes d'assistance par l'État, mais davantage de justice, la liberté politique et une meilleure répartition des richesses du pays. Il représente ceux qui souhaitent une synthèse entre les concepts de justice, d'ouverture démocratique et d'État providence dont le maintien est désiré pour protéger la population. Sa victoire montre que les Polonais aspirent à un système plus protecteur et plus égalitaire. Le libéralisme déclaré n'est pas une proposition suffisamment attirante pour emporter les suffrages des Polonais. Le jugement de ces derniers prouve qu'ils sont favorables à davantage de protection et d'engagement du pouvoir politique et d'attention de celui-ci à l'égard de tous ceux qui se sentent exclus en raison de l'inexistence d'un modèle social visible et crédible. Si, de fait, un réseau de protection sociale existe, il est en transformation constante et difficilement accessible par les Polonais.

Dans le débat électoral, la question européenne a eu, en fait très peu d'influence et l'on voit mal comment les Polonais pourraient s'adresser aux instances de l'Union européenne pour se voir mieux protégés et se voir, peut-être, proposer un modèle européen. De tout cela, il ressort que certaines valeurs sont fondamentales et que l'homme ne peut pas être laissé seul face à toutes les exigences du marché tel qu'il fonctionne auiourd'hui.


Source : travaux Interclubs du club Convictions qui nous a donné l'autorisation de publier ses travaux


Jan Tombinski, ambassadeur de Pologne

Ecrit par : prof | 26.11.2006

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